Capitaine Couac a écrit :
Non mais je suis d'accord avec lui

Je n'aime pas lire, je trouve que c'est un art beaucoup moins naturelle que d'écouter de la musique ou que de lire une BD.
Je suis d'accord pour dire que c'est un peu de ma faute, qu'il s'agit de s'ouvrir à d'autres oeuvre d'art et aux émotions dans les différents médias mais, même si je me disais ça pour beaucoup de film ou de BD, jamais je n'ai prit du plaisir jusqu'à me dire "Bientôt fini !". Et avec des arts plus...Accessible disons comme le cinéma bah ça me donne pas envie de parcourir les bibliothèques pour découvrir la perle rare.
"Moins naturel" hmm, je suis pas certain. La musique, d'accord t'as pas vraiment d'effort à faire pour l'apprécier, ton corps fait tout le travail. Et encore, ça peut demander un certain effort de comprendre certaines chansons, de comprendre les choix d'instruments, de ressentir ce qui est véhiculé. Par contre, je vois mal en quoi la BD est plus naturelle que le roman. Parce que c'est imagé ? Parce qu'il n'y a pas de narration ? De description ? La difficulté de lecture peut aussi fort bien se retrouvée dans les dialogues ou même dans le style éclaté de l'auteur. Et inversement, un roman peut être très très simple et se laisser lire sans effort (t'as jamais dévoré un roman ? oO).
Au cinéma aussi il y a des trucs plus, disons, difficile d'approche, tu le sais très bien. C'est pas vrai que c'est un médium plus naturel que le roman quand je pense à des films comme 2001, l'odyssée de l'espace, juste avec sa fin complètement mindfuck, ses quasi dix minutes de voyage à travers des couleurs psychédéliques, etc. C'est pas très "naturel" comme art j'ai envie de dire. Effectivement il fait faire un effort intellectuel pour ne pas ressortir du film en se disant uniquement "j'ai rien capté".
Donc non, le cinéma n'est pas forcément plus accessible et franchement je comprends pas comment tu peux dire ça alors que tu sembles cracher sur à peu près tous les films hollywoodiens grand public.
Ensuite, on peut aussi sortir l'argument du temps. Évidemment, même le plus long film du monde (disons, je sais pas, Lawrence d'Arabie, La Mélodie du Bonheur ou bien hmm Love Exposure) se regarde plus vite que de lire un roman de 200 pages (ce qui est relativement court n'empêche). Un roman, ça demande de l'implication, de l'engagement, même peut-être une certaine forme de courage lorsqu'il s'agit d'oeuvres lourdes comme Les Misérables ou le Comte de Montecristo. Et peut-être que c'est pas le cas pour toi, mais perso, quand je ressors d'une lecture comme celles-là, je suis tellement plus fier de moi, tellement plus satisfait d'avoir fait ces efforts, d'être passé par-dessus les difficultés.
Après, il y a ceux qui aiment se dépasser, qui aiment grandir, s'épanouir, tout découvrir, dont le rêve serait d'avoir assez de temps pour bouffer tous les livres et tous les films du monde (d'ailleurs en ce moment je me fais un marathon de films que j'ai pas vu en suivant la liste des nominations aux oscars du meilleur film, j'ai découvert pas mal de perles, dont Le Dernier Empereur regardé cet après-midi).
Et il y en a d'autres qui préfèrent la facilité, le moindre effort, qui se foutent de tout, font juste passer le temps, se divertir. Mais l'art, ce n'est pas seulement du divertissement, et parfois ça l'est même pas du tout. On se marre en lisant Molière, Queneau ou Bégaudeau, d'accord, mais pas en lisant Dostoïevski par exemple. Ça n'a pas empêché Le Joueur de me marquer.
Ensuite, le roman, c'est avant tout des mots. J'imagine que l'amour des mots n'est pas donné à tout le monde (et pourtant, ça devrait l'être, c'est la base de toutes nos vies...). Lire un roman, c'est lire un style, lire le cerveau et le coeur d'un écrivain, lire ses mains qui écrivent, lire ses obsessions, ses tiques d'écriture. Chacun de ces styles offre une expérience complètement différente. Le style cru et minimaliste de Steinbeck, le style impersonnel et anecdotique de Camus, le ton ironique de Voltaire, les délires langagiers de Queneau, la rage de Kerouac, l'amertume de Baudelaire, ce sont des mondes entiers contenus dans des taches d'encre sur du papier. Si tu es cinéphile, c'est que tu es particulièrement attentif aux choix esthétiques des réalisateurs, attentif aux plans de caméra, aux effets de lumière, aux décors, etc, non ? Alors pourquoi ça pourrait pas être le cas lorsque tu lis ?
Évidemment que je suis biaisé de A à Z par mon amour éperdu des mots, de la langue, de la littérature et de ses romans-univers, mais voilà ce que j'avais à dire.