Jackfiouse a écrit :Mec, je suis fier de parler anglais aussi, et si j'apprenais l'italien demain je serais fier de parler italien. Je trouve que le français est une langue magnifique, et elle est dure à maîtriser, donc oui je suis content d'avoir pu l'apprendre naturellement en grandissant.
Ben on a juste une façon de voir les choses différentes. Personnellement, je pense qu'on ne peut être fier que de ce que l'on a accompli. Si j'étais japonais et que j'apprenais le français, je serais sacrément fier, mais pas parce que c'est le français, ça aurait pu être n'importe quelle autre langue difficile à apprendre, c'est le parcours qui est important, ce sont tes actions, tes choix, tes réussites, aussi tes échecs. Pour moi, le français n'est pas un accomplissement, c'est inné, c'est comme ma couleur de peau, de mes yeux, de mes cheveux, je ne vois pas ça comme une fierté. Langue magnifique ? Mouais, je trouve les autres langues romanes plus belles perso (italien notamment). L'anglais je trouve ça vraiment moche, l'allemand encore plus, ce sont pas des langues musicales. Ce qui est marrant c'est que j'étudie la littérature et le français, mais encore une fois j'étudie dans cette langue parce que je la maîtrise naturellement, pas par choix.
Jackfiouse a écrit :Et pour ton ami Algérien, il est dans le même panier que toi, il a beau ne pas aimer ce pays, s'il a grandi ici et qu'il aime la personne qu'il est, il devrait avoir un minimum de reconnaissance à ce que cet environnement lui a apporté de bien.
Et si cet environnement lui a apporté plus de mal que de bien ? Ok c'est chouette la langue, mais je trouve pas que ça fait le poids face au racisme, au nationalisme, au québécocentrisme enseigné dans toutes les écoles (alors qu'en Ontario ils enseignent l'histoire du Canada par exemple, c'est déjà plus large). Ça vient en partie de mes études cette écoeurantite, la littérature québécoise des années 60-70 est vraiment enseignée comme la plusse meilleure chose au monde alors que ce sont les oeuvres les plus narcissiques de notre courte histoire. Tout ce côté "fierté québécoise" me gave. Fier de quoi ? Qu'est-ce qu'on a tant accompli de plus que tout le monde ? Quand est-ce qu'on va arrêter de se regarder le nombril et réaliser qu'on devrait s'ouvrir davantage sur le reste du monde, en particulier hors occident ?
Je sais pas, c'est peut-être parce que je suis en train de faire un travail sur la littérature africaine et que je me rends compte à quel point l'Europe a ravagé le monde entier, l'a formaté et assimilé, et que l'occident continue encore et toujours à s'auto-valoriser face au reste du monde, à s'ingérer dans les affaires de tout le monde, à jouer les héros bien-pensants. On nous parle des ravages de l'oppression des francophones au Canada, mais on parle jamais des ravages causées par la colonisation par exemple, alors que ça nous regarde tout autant.
Alors oui j'aime la personne que je suis, mais tu sais, l'essentiel de ce que je suis, je l'ai construit justement en opposition à la culture ambiante. Oui, en quelque sorte je devrais être reconnaissant d'avoir grandi dans un monde tellement merdique qu'il m'a poussé à la rébellion, je devrais être reconnaissant d'avoir vécu la pauvreté extrême parce que ça m'a appris que l'argent ne fait pas le bonheur mais l'amour si, je devrais être reconnaissant d'avoir assisté impuissant aux violences qu'a subies ma mère par la main des hommes parce que ça m'a fait aimer et respecter les femmes, je devrais être reconnaissant d'avoir vécu le rejet et l'intimidation parce que ça m'a permis de cultiver mon jardin intérieur et d'en avoir rien à foutre de l'opinion des autres. Tout ce que j'ai vécu, positif comme négatif, fait de moi qui je suis, mais je ne peux pas dire que je suis reconnaissant des malheurs qui m'ont forgé. Je serais certainement différent, mais je serais peut-être une meilleure personne, qui sait ? Alors comment être reconnaissant de toutes ces choses sur lesquelles tu n'as pas de contrôle uniquement parce que tu aimes la personne que tu es ?
Jackfiouse a écrit :Tu dis que c'est pas pareil en prouvant que pour toi c'est pareil.
"Les raisons sont pas très importantes", excuse-moi mais si.
C'est pas tout à fait la même chose. Tu peux ressentir des émotions identiques pour des raisons totalement différentes, et ça n'enlève rien à l'émotion ressentie. J'ai été très triste de perdre mon cousin il y a deux ans. Oh mais il y a des gens qui ont perdu leur enfant, alors je devrais pas être triste ? La question c'est pas de savoir s'il existe une hiérarchie des tristesses, genre poisson rouge < chat < chien < cousin < mère < enfant, etc, c'est pas important ça, on s'en fout, la mort ça fait toujours mal, le deuil c'est toujours difficile, et tu ne peux pas dire à une personne qu'elle est trop triste. Ma copine (qui ne pleure jamais) a plus pleuré pour notre chat euthanasié que moi (qui suis très émotif) pour mon cousin qui était comme un frère. On a juste une sensibilité différente.
Alors quand je dis que je ne suis pas fier du Québec, et que tu me dis que l'on doit toujours être fier de son pays, et que je te répond qu'il existe des circonstances qui peuvent faire en sorte que tu n'aimes pas ton pays en te citant des exemples extrêmes parce que si je t'avais dit "L'AUSTRALIE LOL" t'aurais pas vraiment compris où je voulais en venir, ça veut pas dire que je dis que dire aux gens de retourner dans leur pays c'est la même chose que foutre des gens dans des chambres à gaz (srx), mais le sentiment reste le même : la honte. Une honte qui a des sources différentes, mais c'est de la honte quand même. C'est tout. Je vois pas en quoi c'était si difficile à comprendre.