Non mais t'inquiète pour le pavé, c'est intéressant comme discussion.
Alexio a écrit :En fait, j'aurais dû expliciter mes arguments. Je m'explique :
Quand je voulais dire "adolescent", je pensais à un non-adulte avec une certaine culture sur les vidéos (moi en l'occurrence, je n'ai jamais joué aux jeux que tu as cité, mais je les connais grâce à ma culture). J'aurais donc dû plutôt dire "geek" et personnes ayant grandis avec les jeux vidéos.
Mais justement Alexio, le film est très clairement orienté grand public, c'est pas un film de geek pour les geeks comme l'était Scott Pilgrim par exemple, ou bien Kung Fury même si c'est un film amateur. C'est un blockbuster hollywoodien destiné au plus grand public possible, en résulte alors un films grandement déséquilibré par son désir de plaire à tout le monde, avec un côté geek qui n'est pas pleinement assumé et qui est surtout caricatural, mais aussi avec plein de références un peu nébuleuses pour quiconque n'a pas connu l'époque des arcades. Il suffit pas non plus d'avoir la "culture" si le but recherché est la nostalgie. Je peux tout à fait comprendre un film sur les années 60 et les hippies, mais ça n'éveille aucune émotion particulière en moi, alors qu'un film sur les années 90 me fera un petit effet nostalgie. En d'autres mots, il suffit pas de savoir qui est Q*Bert, mais d'avoir jouer à Q*Bert. Quand j'ai vu Q*Bert dans Wreck-it-Ralph, j'étais aux anges, pas parce que je me suis dit "oh tiens c'est Q*Bert" mais parce que ça m'a rappelé mes parties de Q*Bert. Alors que les références à Street Fighter (Zangief et Bison), même si je connais les personnages, j'en avais rien à foutre.
Et du coup voilà, en étant le cul entre deux chaises, le film peut difficilement plaire complètement à l'un ou l'autre des groupes qu'il semble viser. Bien sûr qu'on peut tout de même apprécier le film, beaucoup l'ont trouvé malgré tout divertissant, bien que basique. Mais personne jusqu'à présent n'est ressorti en se disant que c'était une tuerie, comme ce fut le cas avec Scott Pilgrim, l'un des très rares films à avoir compris la culture geek et à avoir su bien l'exploiter.
Alexio a écrit :Ah oui, on en avait déjà parler. J'ai justement tenté d'appliquer ta méthode en regardant différents films et... J'y arrive décidément pas.
Par exemple, si on regarde Jim Carrey, il (presque) toujours un rôle similaire. Pourtant, ça ne l'empêche pas d'être un bon acteur. Du coup... Impossible de faire la distinction avec mes propres yeux.
Bon par contre, y'a des limites quand même, je sais pertinemment qu'Ellie Simoun est un très mauvais acteur.
T'es sérieusement en train de comparer les prestations de Sandler et Carrey ? x) Est-ce que t'as vu une seule fois Adam Sandler faire des simagrées à la Jim Carrey ?
Sinon, Jim Carrey, s'il faisait que des rôles à la Ace Ventura, oui, on pourrait dire que c'est un très mauvais acteur, désolé. heureusement, il a prouvé grâce à des films comme Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Truman Show ou même Number 23 qu'il avait d'autres talents à part faire des gueules de dégénéré. Mais même, on se dirait surtout qu'il est victime de type-casting. Adam Sandler c'est différent, son jeu et son personnage n'a rien, à la base, de bien intéressant, et personne ne lui demande de jouer comme ça. Mais comme il produit tous ses films, il fait bien ce qu'il veut (contrairement à Carrey, qui fait ce que les producteurs veulent) et donc il a pas vraiment d'excuse. S'il était drôle comme Jim Carrey, je dis pas, mais c'est pas du tout le cas.
Alexio a écrit :De plus une des autres femmes s'est battus aux côtés des autres héros pour sauver le Monde et a appris à connaître le héros principal et à lui reconnaître ces qualités, expliquant pourquoi ils finissent par tomber amoureux l'un et l'autre à la fin.
Mais c'est pas ça l'amour, et non, une femme ne tombe pas amoureuse d'un homme uniquement parce qu'il a fait quelque chose d'héroïque. S'il a eu besoin de sauver le monde pour prouver sa valeur, c'est qu'il n'en avait pas à la base, et donc y'a pas de raison pour que ça change quoi que ce soit. Ça c'est juste la morale de merde que nous ressasse Hollywood depuis toujours et qui se fait toujours au détriment des femmes. Est-ce que tu as déjà vu un film où c'est un groupe de femmes qui sauvent le monde de la destruction et qui sont récompensées par l'amour des hommes, qui reconnaissent enfin leurs qualités ? Moi non en tout cas, et j'ai sans doute vu trois fois plus de films que toi mdr. Habituellement, la principale qualité d'une femme dans un film hollywoodien, c'est d'être jolie, alors que l'homme doit prouver qu'il est un mâle alpha. C'est ultra patriarcal comme conception de l'amour, et de plus en plus de films se distancient de ce shéma, heureusement.
En gros, la morale d'un film comme celui-ci, c'est qu'il suffit à un homme d'être le héros du jour pour avoir de la valeur (ça valorise la virilité, la force, et la suprématie masculine en général). Pense au nombre incroyable de film avec ce schéma :
Le personnage masculin est, au début du film, une loque. Sa femme l'a quitté parce qu'il était irresponsable, et il voit presque plus ses enfants. Maintenant, elle sort avec un gros connard, mais au moins il prend ses responsabilités familiales et financières (en gros, dans ce schéma, l'homme sert à soutenir la femme, et s'il ne le fait pas, il n'est pas digne d'être un homme, un mâle alpha, et donc d'avoir la femme de ses rêves (qui est par ailleurs toujours très belle, mais aussi toujours en pétard). Mais pendant le film, il prouve à son ex qu'il est un vrai héros, ils s'embrassent et recommence à être ensemble, après que son connard de petit ami ait prouvé que c'est un vrai connard.
Voici les divers messages que ce schéma envoie :
- L'homme est supérieur à la femme et doit donc s'en occuper comme d'un enfant.
- Peu importe les défauts d'un homme, s'il prouve qu'il est assez viril et qu'il fait preuve de vertu (le sacrifice, l'héroïsme, etc), il mérite une femme.
- L'amour d'une femme se résume au niveau de vertus masculines de l'homme, et peut donc facilement changer de partenaire si la situation se renverse.
- L'amour d'un homme se résume quant à lui au territorialisme, c'est-à-dire que même après 10 ans de divorce, le héros aime toujours son ex-femme.
Là c'est juste un schéma, mais il existe beaucoup de variantes sur un modèle similaire (parfois, le héros n'a pas d'ex-femme, mais il kiff une fille qui ne veut pas de lui), mais globalement, c'est toujours comme ça : le héros est une loque en début de film, la fille est une pétasse, le mec prouve qu'il est un mâle alpha, la fille (qui n'a pas évolué du tout) l'aime tout à coup.
Remarque, c'est surtout un schéma qu'on voit dans les films catastrophe, notamment dans Transformers, Independance Day, 2012, etc, souvent des films de Michael Bay et Roland Emmerich d'ailleurs, du moins ce sont ceux qui me viennent le plus en tête. Tous les films avec Adam Sandler, c'est ça aussi.
Enfin bref, tout ça pour dire que ce type de romantisme purement hollywoodien n'a aucun sens est met toujours la femme en position d'infériorité. Mais comme j'ai dit, de plus en plus de films se distancient de tout ça. Dans Jurassic World par exemple, même si on a droit au romantisme cucu habituel, le seul personnage qui évolue au cours du film est celui joué par Bryce Dallas Howard, une femme. Et la scène de baisé à lieu juste après qu'elle ait sauvé la vie du beau mec badass. C'est tout con, mais c'est déjà plus rafraîchissant. Ou encore, dans Ant-Man, on a droit à une partie de ce schéma du loser qui devient un vrai mec, mais (petit spoil inoffensif) il ne finit pas par reconquérir le coeur de son ex-femme (et ne l'envisage jamais), et même que le copain connard de son ex se trouve finalement être bien moins connard qu'on ne le pensait au départ. Ça reste un peu cliché, mais juste en changeant quelques petits éléments à la formule, y'a moyen de la rendre plus digeste.
Ces deux films montrent d'ailleurs, à certaines occasions, qu'ils sont parfaitement conscients des clichés qu'ils utilisent. Dans Jurassic World, un peu après le baiser cliché entre les deux héros, le geek à lunettes qui travaille à la tour de contrôle tente de faire la même chose avec sa collègue après lui avoir dit qu'il allait rester pour surveiller le parc (montrant qu'il est héroïque)... mais oups, elle a déjà un copain et le repousse. Boum, cliché retourné sur lui-même. Dans Ant-Man, après une scène cucu de rapprochement émotionnel entre le père et sa fille, avec musique triste et tout le tintouin, le personnage de Paul Rudd casse l'ambiance avec un commentaire pourri qui neutralise complètement le cliché. Ce sont de toutes petites attentions qui montrent que le réalisateur réutilise des vieux codes volontairement tout en étant conscient qu'ils peuvent faire rouler des yeux parce qu'ils sont clichés.